Neva : Six avancées en six mois !

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Des militants du CNDD-FDD chantent « victoire » après plusieurs exploits politico-diplomatiques à l’actif du régime Ndayishimiye, bien qu’âgé de seulement six mois. Dans ce cas, nous nous proposons de mettre en évidence six d’heureux résultats enregistrés en cette période.

D’abord, bref rappel. Il y a plus de cinq ans, le Burundi plongeait dans une crise politique sanglante. Le 25 avril 2015, le CNDD-FDD désignait en effet Pierre Nkurunziza candidat à un « troisième » mandat, contre l’aval d’une partie de ses poids lourds, de la classe politique et la société civile. 

Dès le lendemain, des manifestations, presque spontanées, s’étendaient dans la capitale, Bujumbura, pour s’y opposer. Les organisateurs avançaient un argument : la candidature « violait » les Accords d’Arusha et la Constitution [celle de 2005] qui en émanait. Pour les autorités et le parti hégémonique, cette Loi fondamentale était dépassée, il fallait la corriger. 

Les relations entre le régime et les partenaires techniques se sont, par la suite, compliquées. Suspension d’appuis budgétaires, interruption de coopérations, rapports, contrôle et mises en garde réguliers, etc. Bref, la nation des Grands-Lacs d’Afrique fera, pendant les 5 ans, jour pour jour, l’objet d’une attention très particulière.

Mais, surprise en 2020 ! Depuis la tenue de la présidentielle, le 20 mai, à la suite de laquelle Evariste Ndayishimiye a été déclaré vainqueur, la tendance semble sérieusement s’inverser. Parmi une dizaine d’éléments qui le prouvent, nous en rappelons six principaux :

Le Burundi retiré de l’agenda de l’ONU

La décision a été adoptée, le 4 décembre 2020, au cours de la session du Conseil de sécurité. Pour cette institution onusienne, la situation sécuritaire s’est améliorée au Burundi. De même, elle note que les récentes élections ont été pacifiques. Ce qui, conclue-t-elle, marque une « nouvelle phase ».

D’une manière concrète, le Conseil de sécurité de l’ONU n’a plus besoin de recevoir des rapports sur le Burundi tous les trois mois, comme c’était le cas au cours des cinq dernières années.

Cette mesure n’a évidemment pas plu à l’opposition et aux organisations de la société civile qui étaient engagées dans la campagne « halt au troisième mandat ». Ils souhaitaient que leur pays reste scruté.

Ce genre de réaction rappelle l’article d’IVOMO intitulé : « L’étonnante attitude des Burundais face aux diplomaties étrangères ».

L’UE se rapproche de Gitega

Deux rencontres entre le chef de l’Etat burundais et les ambassadeurs de l’Union européenne en, seulement, l’espace de trois mois ! La plus récente a eu lieu le mardi 8 décembre. A l’issue d’elle, l’UE Burundi, via son compte twitter officiel, a parlé de la « reprise du dialogue au plus haut niveau en format européen ». Claude Bochu, représentant de l’institution, via son compte privé, s’est en outre félicité d’un signe qui présage un bon avenir.

La présidence burundaise a, de sa part, indiqué que les deux parties s’étaient convenues d’« oublier le passé, de se concentrer sur l’avenir, la normalisation des relations et la coopération ».

Rapprochement stratégique avec le Rwanda

Au désavantage d’une opposition d’origine burundaise qu’il héberge, le Rwanda semble aussi se tourner vers le Burundi en vitesse. Tenez, au mois d’octobre, les ministres des Affaires étrangères des deux pays se sont rencontrés, pour la première fois depuis 5 ans. Ils se sont a posteriori engagés d’œuvrer à faire revenir leurs relations à l’état normal.

Quelques jours plus tôt, l’armée rwandaise avait capturé 19 rebelles du Red Tabara [groupe armé qui se bat contre le régime CNDD-FDD], sur son territoire, dans la réserve de Nyungwe [prolongement de la Kibira]. Ils y étaient entrés en provenance du Burundi. D’après nos sources, ils pourraient être livrés à Gitega dans les jours qui viennent.

Un autre signe. Lors d’une assemblée de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL), le 20 juin. Le président, Paul Kagame, aurait affirmé son intention d’interdire, très prochainement, toute diffusion des radios et plateformes de journalistes burundais basés au Rwanda.  La question d’extradition des « putschistes » serait aussi en cours de discussion. Le voisin du nord souhaiterait les livrer. Mais, via un mécanisme international.

Levée des Sanctions de l’OIF

La Francophonie a levé, début novembre, les sanctions qu’elle avait prises contre le Burundi en 2016. C’était au cours de la 112ème session ordinaire de son Conseil. S’exprimant sur RFI, la conseillère de la secrétaire générale de l’OIF, Vanessa Lamothe, a éclairé : « A l’occasion de ce dernier Conseil permanent de la Francophonie, le Burundi, a sollicité justement la suspension de cette mesure et l’ensemble des États et gouvernements ont accueilli favorablement cette demande. Donc tout le monde s’est prononcé en faveur de cette levée des mesures de suspension de la coopération ».

Démission de Pierre Buyoya à l’UA

Condamné avec 18 de ses proches à perpétuité, dans le procès de l’assassinat du président Melchior Ndadaye [premier président hutu démocratiquement élu] en 1993, Pierre Buyoya a annoncé, fin novembre, qu’il démissionnait au poste de Haut Représentant de l’Union africaine (UA) pour le Mali et le Sahel afin de « consacrer son temps à sa défense. » 

Retour massif des réfugiés de Mahama

C’est un autre indicateur important d’une page qui se tourne. Alors qu’à partir de 2017 les réfugiés hébergés dans d’autres pays comme la Tanzanie, le Kenya, l’Ouganda, … commençaient déjà à rentrer, il faudra attendre jusqu’en août 2020 pour observer la même chose du Rwanda. Il faut rappeler que ce pays est le deuxième qui a beaucoup d’exilés, après la Tanzanie.

Enfin, tous ces éléments semblent confirmer que l’heure est plutôt à la normalisation. En seulement six mois, le chef de l’Etat, Evariste Ndayishimiye a déjà effectué trois visites officielles en dehors du pays. Contrairement à son prédécesseur qui, 5 ans durant, n’en a exécuté qu’une. Des experts affirment que le nouveau président avance, de façon rapide, sur le plan diplomatique.

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