Pyramide de Rutovu : Création de Burkhart Waldecker

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L’entrée de cet ouvrage architectural est orientée vers le nord. C’est-à-dire, à 0 ou 360 degrés. Il a deux fenêtres à l’intérieur. Ce qui symbolise les tombeaux funéraires des pharaons, souverains de l’Egypte antique. Les pierres utilisées dans sa construction ont été extraites des montagnes de Musongati, Rutana.

En commune de Rutovu, province de Bururi, à exactement 115 km de la capitale économique. Il est 14 heures. Herman Nahimana, célèbre Guide touristique nous accueille. Tout sourire, il étend ses bras et nous dit : « Bienvenue à la pyramide ! Vivez la beauté de notre pays ! ». Après cela, il se met à faire le récit.

« La source la plus méridionale du Nil Blanc … »

Elle se trouve ici. Réjouissez-vous, vous y êtes déjà ! Ici c’est sur le mont Gikizi. Certains appellent cet endroit « Kasumo ». La pyramide y a été érigée comme preuve de l’existence de cette source. Le saviez-vous ? Je vous rappelle en outre que nous sommes sur la crête Congo-Nil. Celle-ci joue un rôle majeur dans la géographie burundaise. Tout le monde s’émerveille.

Rôle majeur ?  

« Ben ouais », répond-il. C’est elle qui sépare nos deux bassins. 1) Le bassin du Nil, situé dans la partie ouest du Burundi ou simplement au nord de la crête. Tous ses cours d’eau [rivières et ruisseaux] coulent jusqu’à la mer méditerranée. 2) Bassin du Congo. C’est la zone au sud de la crête. L’eau qui s’y trouve se déverse dans le lac Tanganyika, le fleuve Congo, puis l’océan Atlantique.

En fait, la crête Congo-Nil constitue une ligne de partage des eaux des deux bassins. Ça signifie que celles-ci ne se rencontrent jamais.  

Quand et pourquoi la pyramide a-t-elle été construite ?

Tout commence en 1930. Un explorateur allemand, Dr. Burkhart Waldecker, se trouve en Egypte. Il constate que l’eau du Nil Blanc se jette dans la mer méditerranée. Du coup, une question lui vient en mémoire : d’où vient cette eau ? Il décide alors d’aller à la recherche de sa source.

Il prend la direction d’Ethiopie. Il y voit le lac Bahr El Gebel [mer de la montagne]. Mais, il réalise que les propriétés de son eau diffèrent de celles de l’eau du Nil. Il se dirige au soudan. Il y trouve le lac Albert. Les propriétés ne correspondent pas non plus. Il poursuit son voyage jusqu’au Kenya. Il y explore le lac Kiyoga. Il ne trouve toujours pas ce qu’il veut. Après, l’explorateur se rend respectivement, au lac Victoria, en Ouganda, et à la rivière Kagera, au Rwanda. Toujours rien !

Il traverse jusqu’au Burundi. Il voit d’abord la Ruvubu. Après plusieurs heures de marche, il arrive ensuite à Mahwa, commune de Ryansoro, province de Gitega. A la frontière avec Bururi. C’est aussi à 15 km de la Kasumo ou du mont Gikizi. Il y explore la rivière Ruvyironza. Il n’est toujours pas satisfait. Il continue sans interruption. Il découvre, à 5 km de la Kasumo, la rivière Kigira. A deux kilomètres de la même Kasumo, il découvre la rivière Kasenyi. Ouf ! Son eau a les mêmes propriétés que celle du Nil ! Rassuré, il accélère. Il découvre enfin la Source la plus méridionale du Nil. C’est-à-dire, la source la plus au sud du Nil Blanc.

Là, Dr. Burkhart Waldecker venait juste de faire 6700 kilomètres à pied. Et ce, pendant 4 ans. Il faut comprendre qu’il est arrivé au Burundi en 1934.

Ainsi, pour établir la véracité de sa découverte et éviter tout désaccord, il y érige, en 1938, la pyramide. Il applique sur l’édifice une plaque en cuivre. Il y écrit ensuite, en latin, plusieurs informations importantes dont le titre, traduit par le Guide Herman Nahimana, est : « Pyramide à la tête du Nil. » On peut aussi lire : « La source la plus méridionale du Nil. C’est ici que commence la source du Nil Blanc… »  

D’où est venue la plaque ?

Après construction de la pyramide, le Docteur se rend à Katanga, en République démocratique du Congo [1700 km], accompagné d’un groupe de Burundais. Objectif, y chercher un matériel supplémentaire chez ses collègues allemands. A l’époque, ceux-ci travaillent pour la société Geomines, actuelle Gécamines [Société générale des carrières et des mines]. Alors, ils lui donnent 5 sacs de ciment et la plaque. Celle-ci pesant 50 kilos. Comme ils n’ont pas de véhicule, ils sont obligés de tout porter sur la tête. Ils reprennent le chemin en direction du Burundi. L’aller-retour leur coûtera une année de marche. Un jour, leurs familles qui les croyaient morts, les virent revenir.

L’Allemand restera là pendant plusieurs années. Vivant dans une tente, sans soins ni provisions. A la suite d’un manque de pièces de rechange, sa tente vieillit jusqu’à ce qu’elle soit en lambeaux. Sa vie est celle de misère. Un malheur ne vient jamais seul. Des chiques vont l’envahir. Sans pitié, elles s’enfonceront sous sa peau ! Et après des années, il décide de partir vers une destination inconnue. Les Burundais n’ont plus eu de ses nouvelles. Il n’y a même pas d’écrits sur lui. 

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